Sport’Art L’art des empreintes de la vitesse des corps sportifs

Sans doute est-ce à Pierre Restany, le grand critique d’art disparu en mai 2003, que je dois d’avoir rencontré Zine. Pierre aimait la créativité de Zine, sa capacité à l’exprimer en public avec le concours des Gnawas. La transe était déjà l’une de ses préoccupations, et au-delà de la transe la prise du corps par la vitesse au son d’une musique obsédante comme la danse. Mais cela aurait pu être dans de nombreuses autres circonstances. Et ça l’a été. Et Restany aimait ce tempérament, comme on goûte les caprices et les surprises d’un torrent descendant du Haut Atlas…
Il y a deux artistes en Zine. Le paysagiste, l’expressionniste de scènes de genre, le peintre de l’âme du Maroc, le coloriste qui s’inscrit naturellement dans la filiation de Delacroix. Mais aussi l’artiste en rupture de bans, l’inventeur de nouvelles formes d’expression, le poète des empreintes du monde à la recherche de ses marques évolutives.

Ce second Zine se rattache d’une certaine manière aux artistes du Nouveaux-réalisme tel que Pierre Restany en a formulé la théorie dans le Manifeste de 1960. La technique de l’empreinte y avait une place de choix, tout comme les accumulations ou les compressions… Arman a commencé à peindre en faisant rouler ou glisser sur des toiles des objets préalablement enduits de peinture, qui peignaient pour son compte comme des sortes de robots. Nicky de Saint Phalle laissait sur la toile ou sur l’objet la trace d’éclaboussure des sachets de peinture qu’elle perçait au moyen de balles tirées à a carabine, se livrant au hasard des coups portés à l’art part un instrument de mort qui n’avait rien à voir avec lui. Villeglé et Hains collectaient par l’arrachage, la trace des affiches collées dans la rue ou le métro : les artistes étaient les réalisateurs et les colleurs d’affiches dont ils ne voulaient être que les simples cueilleurs. Et, last but not least, Yves Klein peignait ses anthropométries en habit noir, les mains gantées de blanc, laissant le soin de se salir à des « pinceaux vivants » : des femmes qui acceptaient de se faire enduire le corps de bleu et de s’allonger, nues, sur la toile blanche. Tous avaient en commun de recourir à un truchement et à lui laisser le soin d’agir sous le contrôle de l’artiste : objets divers, affiches, carabine, corps humains.
Zine, lui, a choisi les instruments des sportifs : ballon, balles, boules, roues de bicyclette, autant d’objets qui sont le prolongement naturel et obligé du geste du sportif. Zine a recours au couple sportif-instrument du sport comme moyen de faire œuvre de création, tout en restant distant d’elle. Ce couple s’entend non seulement au sens de dualité mais aussi au sens de la machine physique dont le Petit Robert nous rappelle qu’elle est « un ensemble de deux forces parallèles égales entre elles, de sens contraire » : ce dernier couple est défini comme moteur. Et il est terriblement moteur chez Zine. N’y a-t-il pas antagonisme entre le ballon qui échappe à toute préhension humaine et le sportif qui en fait son outil, son esclave, le moyen de son dépassement et de sa réussite. L’art du sportif est de maîtriser le non-maîtrisable : rien de plus difficile que de donner une direction à un objet rond… [...]. PAR Claude MOLLARD

Sport’Art Presse

A propos

Zine abdellatif
Artiste & Peintre
Président de l'ANAP

Président de l’ANAP (Association National des Arts Plastiques)
ANAP est crée en 1986.

ANAP
Zine abdellatif
Association National des Arts Plastiques

74, rue El Araar -ex Gay Lussac 20130 Casablanca , Maroc

Opinion

Un petit Mot Abdellatif Zine

«Ni figuratives, ni abstraites, mes oeuvres sont faites de touches successives, relatant l’anecdotique du quotidien marocain, le tout en mouvement ce qui caractérise mon approche picturale qualifiée de figuration expressive.»